Un nouveau
départ, environ trois heures de route, en voiture privée, pour rejoindre le
Mont Koya ou Koya San. Comme bien d’autres, c’est une montagne sacrée. Elle
héberge encore aujourd’hui plus que 110 temples et est une sorte d’université
pour les études religieuses. Tout le site ou village est sous la protection de
l’UNESCO.
Encore une
fois, la météo ne se montrait pas du meilleur coté et une grisaille nous
accompagnait durant tout le trajet. Mais les pêchers en fleur faisaient
concurrence aux cerisiers et leur beauté ne nous échappait pas.
Suite aux
conseils de notre adorable guide, nous nous arrêtions dans un supermarché en
pleine campagne pour nous acheter un petit déjeuner pour le lendemain matin…
Mais oui, comme je vous le disais déjà, nous n’arrivions pas à s’adapter aux
mets locaux aux heures matinales. Visiter un supermarché est toujours
intéressant, il nous montre les habitudes des gens. Et, évidemment, celui-là n’échappait
pas à la règle du Japon ; super propre, très ordonné et plutôt grand pour
la bourgade dans laquelle il se trouvait. Je ne pouvais pas m’empêcher de
prendre quelques clichés de ce lieu pourtant si ordinaire.

Arrivés sur
les hauteurs du Mont Koya, notre chauffeur s’arrêtait tout à coup pour que nous
puissions faire notre première visite de temple. A l’écart du village, un
énorme Tori, entouré d’une brume, ouvrait le chemin vers le site de plusieurs bâtiments,
le Konpon Daito ; le tout dans une dense foret de cyprès japonais. Leur
hauteur est impressionnante ainsi que leur tronc tout droit pointant vers le
ciel. L’ambiance était un peu comme dans un compte ; c’était au moins mon
sentiment. Un silence religieux planait sur les lieux et on osait à peine lever
la voix, très mystique tout cela.


Lentement
mais surement nos os se rigidifient dû au froid humide qui nous pénétrait malgré
nos vestes, polaires et foulards. Cette ambiance sombre n’aidait pas à nous
réchauffer. Mais nous n’étions pas au bout de nos surprises, ni du froid… Ce
village montagnard (1000m) héberge aussi le mausolée du fondateur des lieux, le
moine Kukai ou Kôbô-Daïshi (774-835). Pour le retrouver, il faut parcourir un
bon bout du plus grand et imposant cimetière du Japon (et que j’ai vu dans ma
vie). Plus que 250 000 tombes, stèles et
stupas sont dispersés sur une surface que nos yeux ne peuvent pas mesurer
tellement c’est immense. Le tout ombragé par d’immenses cyprès japonais
centenaires ; il faut sombre et froid dans ce lieux où que la voix
stridente d’une guide menant un grand troupeau de touristes japonais déchirait
l’air.

De longues
rangées de lanterne et stèles funéraires, tous recouvert d’une épaisse couche
de mousse nous « observaient » durant notre marche direction le
mausolée. De temps en temps un couple ou petit groupe de pèlerins croisaient
notre chemin, vêtus d’une blouse blanche, d’un chapeau conique ainsi que le bâton
du pèlerin.

Le mausolée à lui était également plongé dans le silence et était
éclairé par des milliers de lanternes en laiton, toutes numérotées, offertes
par les familles de défunts. Au sous-sol, pour les gens ayant moins d’argent à
mettre dans un tombeau ou une lanterne, de toutes petites statuettes de
Bouddhas s’alignent par milliers sur des parois. Pour un japonais, avoir sa
dernière demeure dans ce célèbre cimetière est un rêve, mais pas tout le monde
ne peut se l’offrir. Avant de retrouver la route, laissant la dense foret
derrière nous, on doit traverser une partie bien plus moderne et sans la
protection des cyprès ; de curieuse tombeaux, un plus somptueux et/ou kitsch
que l’autre font compétition entre eux. Selon notre guide, des compagnies
construisent des tombeaux en honneur de leurs collaborateurs décédés.

Mais là, il
fallait aller se réchauffer, on en pouvait plus de cette humidité glaciale !
Hop, direction notre logement, situé dans un monastère ayant créé quelques
chambres d’hôtes. C’est devenu commun que les monastères offrent ce service, il
leur permet une meilleures survie. Une nouvelle surprise nous attendait ;
dans le hall du monastère, un grand thermomètre mural nous affichait pas plus
que 9 degrés Celsius et cela à l’intérieur
du bâtiment…Panique à bord, allons-nous survivre à cette nuit parmi les moines
bouddhistes ? Une fois découvert nos chambres, toute crainte s’estompait
car tout était flambant neuf, en bois clair et agréablement tempéré ; pour
couronner le tout et pour effacer un reste de peur du froid, la table qui trônait
au milieu de la chambre (à la japonaise bien évidemment) était entourée d’une drôle
de couverture. On nous invitait à s’assoir et d’étendre nos gambettes sous la
table. Mais alors, c’est quoi cette chose ? Une douce chaleur enveloppait
nos extrémités car un chauffage est installé sous le plateau de la table et la
couverture empêche la chaleur à s’échapper ! Quelle invention !!! Le
tout est appelé Kotatsu. Pour
réchauffer définitivement nos os, un bain chaud appelé Onsen s’imposait ! On en trouve pratiquement dans tous les hôtels,
Ryokan et chambre d’hôtes. Avec un rideau rouge pour les femmes et un rideau
bleu pour les hommes. Un Onsen est alimenté par des sources d’eau thermale et
les Sento sont des bains publics
avec une eau normale. Une tradition qui persiste malgré que les maisons japonaise
d’aujourd’hui possèdent tous une salle de bain. Ça me fait penser un peu aux
hammams orientaux, sans la vapeur. Tous en costume d’Eve/Adam se décrassant des
impuretés accumulées durant la journée aux moyens des produits disposé dans de
petites niches, avant de se plonger dans un bassin d’eau thermale brulante. On
y tient pas le coup très longtemps tellement l’eau est chaude ! Mais on
répète la chose en se versant de l’eau froide (comme pour le sauna) pour se rafraichir
avant de replonger une deuxième, voir troisième fois. Là aussi, tout est
irréprochable au niveau hygiène.On nous
avait averti, le diner sera purement végétarien, monastère bouddhique oblige.
Un jeune disciple parlant français, mais oui, on en trouve même au Japon, nous
cherchait pour nous accompagner dans une magnifique petite salle ornée de
parois japonaise (Shoji) peintes.
Pas de table ni chaise, que des plateaux et des coussins disposés sur le tatami ;
sauf pour Abuelo ! Une chaise à pattes sciées et une tour de plateaux
rouges empilés l’un sur l’autre était les seuls objets « encombrant »
la pièce. Une succession de petit bols, plats, bocaux et verres se suivaient nous
montrant tout l’art des cuisiniers très patients et méticuleux du Japon. Une
fois de plus, une variété incroyable de mets à base de soja/tofu s’offrait à
nos papilles. Abuelo pleurait toujours son chili et salière manquants à l’appel…

En étant
bouddhiste pratiquant, Dac se levait à l’aube pour assister à la méditation
matinale avec les moines. Moi, je n’arrivais pas à quitter l’édredon douillet
et l’attendait en préparant le petit déjeuner acheté la veille. Ca y est, le
soleil nous montrait enfin qu’il existait encore ! Il faisait toujours
moins que 10 degrés, mais psychologiquement on avait moins froid et on
continuait notre découverte des petits jardins des monastères si nombreux à
Koya San. Il va falloir quitter cet endroit paisible dans l’après-midi pour
aller se plonger dans la cité grouillante d’Osaka.